« Une sorcière ?! s'étrangla Sir William.
- Dans la mer ?! s'étonna le jeune Tiago.
- Oui, parfaitement ! Une sorcière de mer ! répéta de plus belle Yukiko.
- Chuttt !!!!réprimanda le professeur. On risque de nous entendre ! »
En effet, le professeur avait raison. Il n'y avait plus un bruit dans la petite cantine de l'hôpital. Une sorcière de mer ! Ma parole, ces gens là étaient fous !
Yukiko fit mine d'ignorer ce silence et se concentra sur l'horrible ragoût dans son assiette. Hélas, rien de bien appétissant ! Tiago, ayant écarté son écuelle pour éloigner l'odeur infâme qui s'en dégageait, parla cinéma et autres loisirs avec la jeune fille ; tandis que leurs aînés, Sir William et le professeur s'élancèrent sur un débat scientifique tellement complexe, que le bruit des activités quotidiennes regagna le réfectoire.
« Tout de même, cette histoire est un peu folle, Yukiko. Une sorcière ! Halloween est passé, faut-il que je te le rappelle ?
- C'est bon, Sir William... J'ai déjà assez de mal à l'imaginer, alors arrête de m'embrouiller!
- Comme tu veux... » abandonna ce dernier tout en reposant son plateau à peine vide.
Lorsque le groupe sortit de l'hôpital, le ciel s'assombrit et la pluie, le tonnerre commencèrent à gémir.
Gémir. Cette pluie, ces larmes... La plus triste complainte, la plus réelle et la plus dure. Ici, c'est la pluie, ici, c'est les larmes, ici, c'est la douleur, ici, c'est le sang. Quelque fois, c'est la mort. Mais dans cet hôpital, c'est aussi l'espoir et la naissance.
« Bon, j'ai des patients qui m'attendent, je vous laisse ! Surtout avertissez moi si vous avez du nouveau !
- Pas de problème, professeur Sanguer...
- A partir de maintenant, je redeviens médecin ! Allez, on se passe un coup de fil, Sir William ! » Dr. Sanguer se dirigea en courant jusqu'à l'entrée de l'hôpital.
« Toujours aussi emballé quant il s'agit de surnaturel ! s'exclama Sir William.
- Décidément, le professeur est un personnage que je n'arriverai jamais à cerner ! renchérit Yukiko.
- Il ne devrait pas être à la retraite à son âge ? demanda Tiago.
- Si... » répondirent en ch½ur les deux autres avant de se diriger vers une petite coccinelle rouge. Sir William s'installa au volant et démarra sous la pluie battante lorsque tous furent installés. Le moteur du véhicule ronronnait d'une façon des plus étranges, presque surnaturelle, et des plus inquiétantes.
« Euh...Will, je veux pas te mettre en colère, mais ça t'ennuierait de rouler moins vite... J'ai l'impression que les pneus grincent, et j'aimerai arriver entier chez moi, j'ai une thèse à préparer !
- D'abord, je suis à 50, et ensuite, on m'appelle Sir William !!!! Petit portugais ! »
Tiago croisa les bras et s'enfonça dans le siège arrière, le visage tourné vers la vitre, contemplant l'eau qui ruisselait. Petit portugais ! Sir William le traitait toujours comme ça. Avait-il un problème avec les origines de Tiago ?! Et puis, il y avait ce petit... Le jeune homme avait vingt ans, il étudiait en faculté d'histoire de l'art, logeait dans un petit appartement –même si ses parents lui versaient une somme d'argent nécessaire afin de payer le loyer, et il réglait ses factures ! C'était un adulte à part entière ! quoique...
« Je trouve ce grincement étrange... marmonna Yukiko.
- Quel grincement ? Je n'ai rien entendu, déclara le conducteur.
- Mais si ! Tout de suite ! J'ai entendu un bruit strident, horrible et très aigu...
- Ton imagination te fait des tours, petite japonaise.
- Non, Tiago. Je ne rêve pas ! Ce grincement venait du moteur, et je... »
Un bruit horrible résonna dans le véhicule. Il ressemblait à un hurlement de tristesse, d'appel et de haine. Les trois personnages sursautèrent de tout leur long, et malgré eux, tremblèrent comme des feuilles. Sir William, sous la panique, lâcha le volant et la petite coccinelle dérapa sur la voie de gauche. L'homme reprit les commandes et freina brusquement. Tiago partit un grand coup en avant, puis percuta le siège du conducteur. Après ce choque, il fut attiré brutalement en arrière...
Le silence régna désormais. Le silence ? Pas vraiment. Chacun écoutait les respirations saccadées de l'autre...